La prescription d’activité physique adaptée, véritable innovation en santé publique, transforme progressivement le paysage médical français. Cette approche novatrice, qui place le sport au cœur de la stratégie thérapeutique, représente une évolution majeure dans la prise en charge des patients, particulièrement dans un contexte où la sédentarité devient un enjeu public majeur.
Une révolution nationale pour la santé publique
Les origines du sport-santé en France
L’histoire de l’intégration de l’activité physique en France commence véritablement avec la loi du 26 janvier 2016, qui permet aux médecins traitants de prescrire une activité physique adaptée aux patients souffrant d’affections de longue durée (ALD). Cette initiative innovante, connue sous le nom de “Sport sur ordonnance”, inaugure une nouvelle ère dans la prise en charge thérapeutique. Depuis, le dispositif n’a cessé d’évoluer et de s’enrichir, s’adaptant aux besoins croissants de la population en matière de prévention.
Un cadre législatif en pleine expansion
La législation française connaît une évolution majeure en 2025, marquant un tournant décisif dans l’accessibilité du sport-santé. Le système s’est considérablement élargi grâce à la loi de démocratisation du sport, qui étend significativement la liste des bénéficiaires et des prescripteurs. On compte désormais dans les bénéficiaires les maladies chroniques et/ou facteurs de risque tels que l’hypertension, l’obésité ou encore l’hypercholestérolémie. Tous les patients avec un cancer stabilisé pourront bientôt effectuer un bilan médico-sportif, une disposition qui devrait ensuite se généraliser aux personnes diabétiques. Cancer, diabète de type 2, maladies cardio-vasculaires, pathologies ostéo-articulaires, dépression, etc., les innombrables bienfaits de l’exercice ne sont plus à démontrer.
Cette évolution s’inscrit dans le cadre ambitieux de la Stratégie Nationale Sport Santé 2024-2028. La loi du 2 mars 2022 inscrit officiellement les établissements dédiés à l’activité physique et au bien-être dans le code de la santé publique. Cette reconnaissance législative consolide leur rôle en tant qu’acteurs essentiels du parcours de soins.
Une stratégie nationale structurée
La nouvelle Stratégie Nationale Sport Santé 2024-2028 s’articule autour de quatre axes fondamentaux :
- La promotion de la santé et du bien-être par l’activité physique
- Le développement de l’offre et du maillage territorial
- L’accompagnement des publics spécifiques
- Le renforcement de la formation des professionnels
Ces maisons constituent désormais un véritable outil d’égalité des chances et d’accès au droit de la santé par le sport.
Leur déploiement national vise à :
- Garantir un accès équitable aux activités physiques adaptées
- Proposer des parcours personnalisés
- Assurer une coordination efficace entre professionnels médicaux et du sport
- Développer des programmes innovants pour tous les publics
Des objectifs ambitieux pour 2028
La stratégie fixe des objectifs quantifiables :
- L’augmentation de 25% du nombre de Maisons Sport-Santé labellisées
- Le développement des prescriptions d’activité physique adaptée
- Le renforcement des partenariats avec les collectivités territoriales
- L’amélioration de la formation des professionnels de santé
Cette nouvelle stratégie s’inscrit dans la continuité des actions menées depuis 2019, tout en capitalisant sur l’héritage des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 pour intégrer durablement l’activité physique dans les pratiques de santé publique.

Les bénéfices scientifiquement prouvés
Les études scientifiques démontrent les multiples bienfaits de l’activité physique adaptée :
- Amélioration significative de la qualité de vie et du bien-être mental
- Réduction des symptômes de nombreuses pathologies chroniques
- Diminution des risques de récidive dans certaines maladies
- Renforcement du lien social et lutte contre l’isolement
- Économies substantielles pour le système de santé
- Amélioration des capacités cognitives et de la concentration
- Réduction des risques de dépression et d’anxiété
- Meilleure gestion du stress quotidien
Le déploiement national du dispositif
Le DAPAP : Un cadre structurant
Le Dispositif d’Accompagnement vers la Pratique d’Activité Physique (DAPAP) représente une innovation majeure dans le domaine de la santé par l’activité physique. Organisé au niveau départemental ou interdépartemental, il est porté par des associations habilitées qui assurent un accompagnement personnalisé des bénéficiaires. En Auvergne-Rhône-Alpes, l’efficacité est démontrée grâce à un maillage territorial complet et des points de contact dédiés dans chaque département.
Impact économique et social
Les enjeux sont considérables : la sédentarité représente un coût de 17 milliards d’euros pour la société française. Face à ce constat alarmant, le DAPAP apporte des résultats encourageants. En Auvergne-Rhône-Alpes, 69% des 15-29 ans pratiquent désormais une activité sportive régulière. La mission Delandre souligne l’importance de ces dispositifs pour “améliorer l’état de santé de l’ensemble de la population en favorisant la pratique d’activités physiques et sportives”.
Les Maisons Sport-Santé : Piliers du dispositif
Ces maisons constituent la pierre angulaire du système de bien-être français. Ces structures assurent :
- L’accueil et l’orientation personnalisée des bénéficiaires
- L’évaluation approfondie des capacités physiques
- L’élaboration de programmes sur mesure
- Le suivi régulier des pratiquants
- La coordination entre les différents acteurs de santé
- L’adaptation continue
- La formation continue des intervenants
- L’évaluation des résultats et la recherche
L’exemple de l’Isère
Une synergie territoriale
L’Isère illustre parfaitement la complémentarité entre les structures existantes. Le DAPAP s’y intègre harmonieusement dans l’écosystème sport-santé, aux côtés des quatre maisons labellisées. Cette organisation permet une prise en charge optimale des personnes atteintes de maladies chroniques, en perte d’autonomie ou en situation de précarité. Le département a développé des initiatives comme :
- Des programmes spécifiques pour les seniors
- Des parcours adaptés aux maladies chroniques
- Des dispositifs pour les publics précaires
- Des collaborations avec les établissements scolaires
Les actions de la CPTS Drac Sud en faveur de l’activité physique adaptée
À partir de juin 2025, la CPTS propose des activités de marche nordique à Saint-Georges-de-Commiers, offrant une excellente occasion de se reconnecter avec la nature tout en restant actif. Cette activité se déroulera une fois par semaine, avec un premier bilan d’une durée d’une heure. Par la suite, les participants bénéficieront d’une heure de marche nordique chaque semaine, encadrée par un Éducateur en Activités Physiques Adaptées (EAPA).
Pour ces premières sessions, nous avons limité le nombre de participants à 10, afin de garantir un suivi personnalisé. À partir de septembre, nous serons en mesure d’accueillir jusqu’à 16 personnes.
Si vous êtes intéressés et souhaitez vous inscrire, contactez la CPTS à contact@cpts-drac-sud.fr.
Focus sur les structures Sport-Santé de notre territoire
Un réseau territorial structuré
L’Isère se distingue par un maillage territorial avec plusieurs Maisons Sport-Santé labellisées, chacune apportant son expertise unique.
Le CHU Grenoble-Alpes (CHUGA) constitue un pilier majeur de ce réseau, disposant d’un plateau technique complet et d’une équipe pluridisciplinaire regroupant médecins du sport, cardiologues et pneumologues. Son Unité Transversale d’Education thérapeutique du Patient (UTEP) joue un rôle central dans la coordination des soins.

La MAISON HYGEIA représente un modèle d’innovation en proposant une approche holistique qui combine activités physiques adaptées, stimulation cognitive et renforcement du lien social. Cette approche intégrative permet une prise en charge globale des bénéficiaires, particulièrement efficace pour les personnes en reprise d’activité ou souffrant de pathologies chroniques.

L’Association cAPAbles enrichit l’offre territoriale avec une diversité d’activités incluant :
- Des parcours de renforcement cardio personnalisés
- Des séances de boxe santé adaptée
- Des ateliers de danse et d’expression corporelle
- Des activités gymniques sur mesure

Le dispositif Prescri’Bouge
Le CDOS 38 (Comité Départemental Olympique et Sportif de l’Isère), situé à Eybens, coordonne l’initiative pionnière Prescri’Bouge. Grace à son Dispositif d’Accompagnement vers la Pratique d’Activité Physique (DAPAP), il facilite l’accès à l’activité physique adaptée avec :
- Un accompagnement personnalisé et gratuit
- Une évaluation initiale approfondie
- Une orientation vers des solutions de pratiques adaptées
- Un suivi régulier des pratiquants
- Une coordination étroite avec les professionnels du secteur médical
Des résultats probants
Les études menées démontrent leur efficacité, avec notamment :
- Un taux d’adhésion de 78% aux activités prescrites
- Une amélioration significative de la condition physique chez 82% des participants
- Une réduction moyenne de 30% des symptômes dépressifs
- Une diminution notable des consultations médicales de suivi
Cette organisation territoriale permet une prise en charge optimale des bénéficiaires, qu’ils soient orientés sur prescription médicale ou en démarche volontaire de reprise d’activité. La complémentarité des structures et leur répartition géographique stratégique garantissent un accès facilité à l’ensemble de la population iséroise.
Innovation et perspectives 2025
L’année 2025 marque une étape cruciale avec :
- L’élargissement des critères d’éligibilité
- La structuration renforcée du réseau des Maisons Sport-Santé
- L’amélioration des parcours de soin intégrant l’activité physique adaptée
- Le développement de solutions numériques de suivi
- L’intégration de nouvelles technologies d’évaluation
- La création de programmes spécialisés par pathologie
Un parcours patient optimisé et personnalisé
De la prescription à la pratique régulière
- Consultation médicale approfondie et prescription adaptéeChaque parcours débute par une consultation minutieuse où le médecin évalue les antécédents médicaux, l’état actuel et les besoins spécifiques du patient. Sur cette base, il rédige une prescription d’activité physique personnalisée, alignée sur les objectifs de santé du patient.
- Évaluation initiale complèteL’évaluation peut-être faite en Maison Sport-Santé mais également par un Educateur en Activité Physique. Lors du premier rendez-vous, le bénéficiaire subit un ensemble complet d’évaluations physiques et fonctionnelles. Ces tests permettent de déterminer son niveau de condition physique et de concevoir des activités adaptées.
- Orientation vers les activités les plus appropriéesEn fonction des résultats de l’évaluation initiale, une équipe multidisciplinaire propose alors des activités physiques spécifiques. Ces activités sont choisies pour maximiser les bienfaits sur la santé tout en respectant les limites et préférences du patient
- Suivi régulier et ajustements personnalisésLe patient bénéficie d’un suivi régulier, qui adapte les activités en fonction de l’évolution de sa condition physique et de ses feedbacks, assurant ainsi une progression adaptée et sécuritaire.
- Évaluation continue des progrèsDes évaluations périodiques sont planifiées pour mesurer les progrès réalisés en termes de capacités physiques, de bien-être mental et de réduction des symptômes liés à la pathologie. Ces données sont cruciales pour la motivation et pour ajuster au besoin.
- Adaptation du programme selon les résultatsLes activités sont continuellement révisées en fonction des dernières évaluations et des objectifs à long terme, ce qui permet une personnalisation accrue et une efficacité maximale du traitement.
- Accompagnement vers l’autonomieL’objectif final est de rendre le patient autonome dans sa pratique de l’activité physique. L’équipe encadrante travaille sur le renforcement des connaissances, des compétences et de la confiance du patient pour gérer de manière indépendante sa santé physique à travers le sport.
- Maintien à long terme de l’activité physiquePour encourager le maintien des activités physiques, des stratégies de longue durée sont mises en place, incluant le soutien communautaire, des rappels réguliers et l’accès à des ressources motivantes.
Un accompagnement multidimensionnel
Chaque bénéficiaire profite d’un suivi complet incluant :
- Bilan initial médical et physique approfondi
- Évaluation des motivations et des freins
- Activités sur mesure
- Accompagnement psychologique et motivationnel
- Suivi nutritionnel adapté
- Évaluations régulières des progrès
- Ajustements continus
- Soutien social et communautaire
Solutions de financement et accessibilité
Dispositifs de prise en charge
Le système propose diverses options de financement :
- Prise en charge partielle par l’Assurance Maladie
- Participation croissante des mutuelles
- Aides spécifiques des collectivités territoriales
- Dispositifs sociaux adaptés
- Initiatives entreprises via la médecine du travail
- Fonds dédiés pour les publics précaires
- Partenariats avec des associations caritatives
Les défis et perspectives d’avenir
Axes de développement prioritaires
Les principaux défis à relever incluent :
- Le renforcement de la formation professionnelle
- L’amélioration de la coordination inter-acteurs
- Le développement de la recherche scientifique
- L’extension de la couverture territoriale
- La simplification administrative
- L’intégration des nouvelles technologies
- Le développement de l’évaluation d’impact
- La pérennisation des financements
Conclusion
Le sport-santé en France, porté par le DAPAP et les Maisons Sport-Santé, représente une révolution majeure dans notre approche de la santé publique. L’année 2025 marque un tournant décisif avec l’élargissement des dispositifs et le renforcement des structures existantes. Cette approche novatrice, alliant prévention et thérapie, démontre des résultats prometteurs tant sur le plan médical qu’économique.
L’engagement coordonné des acteurs de santé, du monde sportif et des institutions publiques ouvre la voie à une transformation profonde de notre système de santé. Le défi consiste maintenant à poursuivre cette dynamique positive en assurant l’accessibilité et l’efficacité de ces dispositifs pour l’ensemble de la population française.




